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Métalor

Publié le 03/09/2021

Grâce à Alliance et Innosuisse, des chercheurs de l'Unil ont mis au point un passeport géoforensique pour assurer de traçabilité des métaux. Métalor, un des principaux fournisseurs mondiaux de métaux précieux, utilise cette innovation pour s'approvisionner en or éthique.

La genèse du projet...

Le Dr Barbara Beck, enseignante-chercheuse à la Faculté des Géosciences de l’Université de Lausanne, est une spécialiste d’archéométrie. Elle avait développé une méthodologie pour mesurer la signature de minerais de plomb et d’argent des mines du Valais et de la comparer à celle d’objets archéologiques, afin de déterminer les circuits commerciaux du Néolithique à 1777. En 2015, estimant sa méthode scientifiquement robuste, elle est sensibilisée à la question de l’or éthique. Elle prend alors contact avec des affineurs suisses. L’entreprise Metalor, soucieuse d’améliorer de manière continue ses standards en matière d’approvisionnement responsable et de conformité, accepte de tester sa méthode.

La méthode

Le but est de confirmer sans équivoque l’origine géologique et géographique du minerai à son arrivée chez l’affineur, et d’éviter de travailler avec des mines non-respectueuses de l’environnement et des travailleurs. La collaboration a commencé par une période durant laquelle Metalor a partagé des données avec l’équipe de recherche de l’Université de Lausanne. Les premiers résultats étaient prometteurs mais pour rendre le modèle robuste, il fallait poursuivre les recherches avec davantage d’échantillons d’or de différentes provenances. C’est ainsi que l’idée de déposer un projet Innosuisse a vu le jour avec pour objectif de créer un outil de validation de la déclaration d’origine de l’or faite par le fournisseur. L’étude s’effectue en deux étapes : une évaluation statistique basée sur des analyses chimiques puis, si nécessaire, une étude géochimique et isotopique plus approfondie. Les résultats sont compilés dans un passeport géoforensique, basé sur des approches scientifiques quasi-impossible à falsifier.

Quel est l'intérêt de ce passeport géoforensique ?

Premièrement, il répond à un besoin fondamental de l’affineur : la mise en place d’un outil facile à intégrer dans le processus de routine de l’affinage, qui en plus n’engendre pas de frais supplémentaires. Deuxièmement, il permet de contrôler l’approvisionnement en or chez l’affineur, donc sans devoir recourir à des collectes fastidieuses d’échantillons dans les mines. Le projet Innosuisse touche à sa fin et comme l’explique Barbara Beck : « Le lien entre l’or et son lieu d’origine peut être confirmé grâce à la mesure de paramètres physico-chimiques précis, tels les compositions chimiques et isotopique. Nous avons pu démontrer que chaque mine d’or possède une signature propre qui peut être indiquée dans un passeport géoforensique. » À l'échelle mondiale, la Suisse figure parmi les plus gros importateurs d'or et raffine l'équivalent de 70 % de la production. Ce nouveau « passeport géoforensique » est une réelle innovation disruptive, se réjouit M. Jodry, responsable des laboratoires et de la R&D chez Metalor. Les résultats du projet ont fait l’objet de plusieurs publications dans des revues internationales et dans les médias. Outre les mines, les affineurs et les joailliers, les autorités réglementaires sont également des partenaires intéressants, car elles peuvent aider à diffuser le concept de l'empreinte de l'or. La London Bullion Market Association (LBMA) est une association commerciale basée à Londres qui gère les règles du marché mondial de l'or et de l'argent. Elle a salué l’approche scientifique et innovante proposée par l’Unil et Metalor, pour sa contribution à la confiance et la transparence du commerce des métaux précieux.

Quel a été le rôle d'Alliance ?

Une conseillère Alliance spécialisée en matériaux a examiné la meilleure façon de présenter le projet. Si l’argumentation purement économique était difficile, les objectifs répondaient à une réelle demande du marché, ainsi qu’à une volonté de proposer des filières d’or durables. L'association, les chercheurs et Metalor ont structuré les grands objectifs et les challenges scientifiques du projet, ainsi que le budget. L'appui d'Alliance a permis aux partenaires de décrocher des fonds Innosuisse et de financer les recherches.