Caran d’Ache - l'univers de la Haute Ecriture

Mis à jour le 26/05/2016

Interview de Mme Carole Hubscher, présidente du conseil d’administration de Caran d’Ache.

Pigments de couleur développés dans les ateliers de Caran d'Ache

1. Le 100e anniversaire d’une entreprise est quelque chose dont on peut être fier. C’est aussi le bon moment pour réfléchir au « passé » et pour préparer le « futur ». Comment le 100e anniversaire de votre entreprise influence-t-il les valeurs et la mission de votre organisation?

100 ans pour une entreprise est très important. Très peu d’entreprises peuvent se prévaloir de 100 ans d’héritage. Cela nous donne en fait toutes les bases pour construire l’avenir : quand vous avez une vraie histoire à raconter, un héritage véridique, cela a plus de valeur. Le cœur de l’entreprise est là, il est réel.

Les consommateurs ont envie de donner du sens à ce qu’ils consomment et ils veulent savoir ce qui se cache derrière la marque. Nous sommes pour la transparence. A l’heure actuelle la transparence est très importante, mais elle requiert d’évoluer et d’innover en permanence.

2. Quels sont les défis technologiques et économiques auxquels vous êtes confrontés aujourd’hui?

En 20 ans, les technologies ont complètement changé et doivent être renouvelées sans cesse. Caran d’Ache commercialise des produits pérennes. Tout le monde a un crayon ou un stylo sur soi pour pouvoir rapidement prendre une note. Ce côté personnel reste important parce que c’est à travers le geste que se forme le lien direct entre l’esprit et la main. C’est pour cela qu’on cherche à rendre les objets que nous fabriquons plus personnels, plus authentiques et plus élégants.

Encore aujourd’hui, envoyer un mot écrit à la main avec une belle plume et une encre élégante a une autre signification que d’envoyer un sms ou un mail.

Les artistes dessineront toujours avec les matériaux des beaux-arts pour s’exprimer car dessiner sur un ipad et dessiner sur du papier sont deux choses tout à fait différentes. Les textures, les couleurs, les mélanges de couleurs etc. sont des éléments tactiles nécessaires à la création.

Les défis économiques auxquels on doit faire face sont nombreux. Produire 100% en Suisse est notre souhait le plus profond. Nous nous focalisons sur notre savoir-faire, la qualité, les valeurs, l’écologie, le développement durable et la responsabilité sociale. Evidemment avec le choix stratégique de continuer à produire en Suisse, nous sommes confrontés au franc fort. Et les votations influent sur nos liens avec l’Union Européenne car la libre circulation des personnes est extrêmement importante pour nous. Nous ne souhaitons pas nous engager dans une guerre des prix. Nos atouts se situent plutôt dans la qualité et le Swiss made, c’est pourquoi nous n’envisageons pas de délocaliser à l’étranger.

3. Les attentes des clients et donc les défis à relever pour y répondre ont-ils beaucoup changé en 100 ans?

Aujourd’hui les clients sont omniprésents grâce à la rapidité des moyens de communication. On a dû adapter nos offres aux besoins et à la demande de nos clients. Auparavant on était uniquement des concepteurs, des fabricants et des distributeurs. Aujourd’hui nous sommes aussi détaillants. Nous avons nos propres boutiques et e-boutiques. A travers ces boutiques nous avons un contact plus direct avec le consommateur final. Cela nous permet d’enrichir nos recherches R&D pour répondre aux attentes et aux besoins des consommateurs.

Nous avons développé une innovation appelée « Bar à Couleurs ». C’est un dispositif sur lequel, on peut créer ses propres assortiments de couleurs. C’est une véritable innovation en termes de marketing et de vente au détail.

Quand on développe des nouveaux produits, notamment des pastels secs, on travaille avec tout un réseau au niveau mondial. Nous faisons appel à des artistes de différentes régions du monde pour qu’ils testent nos prototypes et nous donnent leur avis.

4. Quelle est la culture d’innovation dans votre entreprise et d’où proviennent les idées d’innovation?

L’innovation a toujours existé chez Caran d’Ache. En 1929, le Fixpencil®, le premier crayon mécanique a été inventé par Caran d’Ache. Nos ingénieurs ont conceptualisé le corps métallique et la pince au bout permettant d’accueillir une mine. C’était compliqué à cette époque d’obtenir le bois tendre et facile à travailler que nous avions pour les crayons. C’est ce qui motivé le développement de ce premier crayon mécanique.

Toujours innovant, nous avons deux départements R&D : une qui s’occupe des couleurs et l’autre de l’écriture. En plus de cela, nous avons beaucoup de partenariats avec les hautes écoles. C’est notamment nécessaire pour répondre aux normes qui évoluent sans cesse et qui, bien sûr, sont différentes d’un pays à l’autre, ce qui ne simplifie pas la tâche !

5. Quels sont vos projets pour l'avenir?

Les échanges qu’on a pu avoir avec les hautes écoles en Suisse nous ont permis de travailler sur des développements qui sont liés au monde de l’écriture et du dessin. Les développements liés aux processus de fabrication, notamment pour l’habillage des crayons, est fait en interne. Par exemple, nous avons décidé depuis plusieurs années d’utiliser des vernis à base d’eau. Cela nous a obligés à utiliser de nouvelles méthodes de fabrication.

Nous sommes présents dans plus de 90 pays aujourd’hui. C’est important d’accroître notre présence dans ces pays, ce que nous faisons par les biais de boutiques. L’an dernier nous avons ouvert une boutique à Berlin, une autre à Tokyo. Cette année nous avons des projets en Asie – sur la région de Taiwan et des Philippines. La réouverture de marchés, tel l’Iran, est importante car Caran d’Ache y était déjà très présent avant la révolution. La marque reste bien connue auprès des iraniens, une population jeune et instruite qui cherche de beaux produits.

Contact: alliance@alliance-tt.ch