Des p’tits trous, des p’tits trous...

Les petits trous, c’est la spécialité de Posalux, en particulier dans le métal. Son domaine: l’injection automobile. Un marché mondial, mais un secteur en crise. En changeant de technique d’usinage, la société biennoise va s’ouvrir à de nouveaux marchés. Une évolution rendue possible grâce au laboratoire LCSM de l’EPFL.

«Le moteur diesel a vécu sa révolution il y a quinze ans, explique Philippe-Emmanuel Grize, responsable du développement commercial chez Posalux. Il fallait alors savoir réaliser des trous de 100 microns dans le métal, soit 1/10 de millimètre.» En recourant au savoir-faire horloger de la région, la société biennoise acquiert très vite ses lettres de noblesse. «Aujourd’hui nous sommes deux dans le monde à nous partager ce marché.»
Et quel marché! Il y a quelques années, en réponse aux nouvelles normes environnementales européennes, le moteur à essence a lui aussi fait sa mue, ouvrant à Posalux de nouvelles perspectives. «Cette mouvance greentech nous procurait de plus en plus de travail», reconnaît M. Grize. Souhaitant augmenter sa productivité, la société se tourne alors vers le Laboratoire de conception de systèmes mécaniques (LCSM) de l’EPFL, dirigé par le Prof. Jacques Giovanola. Une démarche naturelle pour Philippe-Emmanuel Grize, qui sortait tout juste d’un laboratoire voisin. Le Dr Alain Schorderet, adjoint scientifique au LCSM, se souvient de cette première collaboration: «Nous nous sommes immédiatement compris. Nos interlocuteurs étaient d’excellente qualité et chacun de nous connaissait le monde de l’autre.»

La vibration en plus, pour une meilleure productivité

Ce premier projet Posalux-LCSM fait l’objet d’un soutien de l’Agence de la Confédération pour la promotion de l’innovation (CTI), dure 18 mois et s’achève par la livraison à l’entreprise d’un prototype fonctionnel qui marie électroérosion et usinage ultrasonore. Un succès. «En faisant vibrer nos outils à 20 kHz et à une amplitude de 5 microns, on gagnait 25% de productivité.» L’objectif est atteint. Provisoirement. Car il n’est pas certain que l’automobile telle qu’on la connaît aujourd’hui soit promise à un bel avenir. Dans ce contexte, Posalux souhaite poursuivre son processus d’innovation et explorer la voie de la diversification.

La technologie de base de Posalux est historiquement centrée sur l’électroérosion: le matériau est enlevé par des décharges de courant électriques. Si le procédé est efficace, il a le désavantage de limiter le champ d’action de l’entreprise aux matériaux conducteurs.
«Après avoir marié électroérosion et usinage ultrasonore, explique Alain Schorderet, nous nous sommes demandés ce qui se passerait si nous ne conservions plus que les vibrations!» Les deux partenaires l’ont compris, la suppression du courant électrique leur permettrait de travailler d’autres matériaux, notamment les non-conducteurs tels que la céramique, le verre, le saphir, etc. Reste à savoir quels marchés s’ouvriraient alors à eux.

Dossier CTI salué par le comité d’experts

Et c’est là qu’intervient Alliance. «Grâce à leur intercession, nous avons pris conscience de l’importance de réaliser à ce stade une étude de marché, ce que nous avons fait. Un bureau extérieur nous a rapidement livré un outil extrêmement performant. Celui-ci nous a permis d’orienter le développement du produit – et par conséquent de gagner du temps au niveau de la recherche en laboratoire–, mais il nous a aussi révélé qu’il n’existe aujourd’hui pas de moyens industriels dans la niche des trous de 50 à 500 microns dans les matériaux durs non-conducteurs.»
Avec l’appui de Jean-Marc Hoesli, un dossier CTI est constitué. La demande est appuyée par l’étude de marché, et le projet reçoit les éloges du comité d’experts. Posalux et le laboratoire LCSM sont donc, depuis fin 2009, en route pour leur deuxième projet CTI. «J’en suis ravi, explique le Dr Schorderet. Si on n’en fait qu’un, les projets CTI ne sont pas rentables. Il faut six mois pour se connaître, six mois pour travailler, six mois pour écrire le rapport . C’est toujours dommage que ça s’arrête là.» Quant à la collaboration avec le monde industriel, M. Schorderet y voit une aubaine. «Elle permet de fixer une structure, un budget, des objectifs précis, d’obtenir des moyens pour les atteindre, et surtout de développer des outils performants, des modèles de calculs aboutis que nous pourrons transférer à l’entreprise et qui lui permettront de poursuivre toute seule, en toute indépendance.»
Si tout se passe bien, Posalux devrait donc bientôt faire son entrée dans les domaines de la fibre optique, de l’horlogerie, du médical... Pour des trous de première classe.

Contact : Jean-Marc Hoesli, Alliance, tél. 021 693 46 16

Les artisans du succès, de gauche à droite: Dr Alain Schorderet, adjoint scientifique EPFL-STI-LCSM, Jean-Marc Hoesli, conseiller technologique Alliance et Philippe Grize, Posalux, Head of Microfor Division.